7. L'apparition des assurances de responsabilité au milieu du xixe siècle fut laborieuse. Au départ, elles étaient considérées comme immorales et contraires à l'ordre public. Comment admettre, soutenaient ses détracteurs, qu'en payant un certain prix, on puisse se décharger des conséquences de ses propres fautes ? Le grand jurisconsulte Pothier, généralement mieux inspiré, avait déjà écrit « Convenir avec quelqu'un qu'il se chargera des fautes que je commettrai, serait absurde, illusoire et frauduleux ». Cette vision s'attachait à la situation de l'auteur du dommage et non à celle de la victime, qui se trouvait généralement face à un responsable insolvable incapable de l'indemniser.
La licéité de cette assurance fut progressivement reconnue, d'abord pour l'assurance du risque locatif contre l'incendie 12, puis et surtout pour les premières assurances contre les risques d'accidents de la circulation 13. Les objections liées à l'ordre public élevées par ses détracteurs n'étaient pas pertinentes 14. Si l'assuré agit dans son intérêt personnel pour protéger son patrimoine, son acte de prévoyance profite en définitive à la victime, en lui permettant d'être indemnisée. Quant au prétendu relâchement du comportement des assurés que générerait cette assurance, il est largement atténué par la faculté ouverte à l'assureur de résilier le contrat après