90. On désigne communément sous le nom de « droits savants » le droit romain et le droit canonique tels que les a connus le Moyen Âge parce que, à la différence de la coutume ou des actes législatifs des rois, des princes ou des villes, ils ont été l'objet d'études et de traités de juristes « savants » et d'un enseignement dans les universités. Deux événements majeurs, à moins d'un siècle de distance, assurèrent leur essor : la « découverte » du Digeste vers 1075 et la composition du Décret de Gratien dans les années 1140, deux livres majeurs, pour chacune des deux disciplines. Certains traits rapprochent « les deux droits » et ceux-ci n'ont pas hésité à se faire des emprunts réciproques. Ils n'en ont pas moins leur individualité et leur domaine propre 323. Que sont ces droits ? Où et comment sont-ils élaborés ? Telles sont les questions que nous aurons à envisager dans ce chapitre.
D
Décret de Gratien : 14, 90
(323) Dans un premier temps (xiie s.), doctrines des civilistes et des canonistes ne sont guère séparées. Ces doctrines ont, d'autre part, un caractère international très marqué ; cf. A. Gouron, plusieurs articles dans Pionniers du droit savant occidental au Moyen Âge, Recueil d'articles, Aldershot, Ashgate-Variorum, 2006.