134 Transformation au xxe siècle : du joug à l’égalité et au respect mutuel. L’union créée par le mariage est au premier chef d’ordre personnel. Mais ce serait une fausse vision que d’en regarder les effets d’ordre matériel comme une simple conséquence secondaire, accessoire de la vie quotidienne en commun : cette communauté de vie, imposée au titre des effets personnels, entraîne nécessairement une imbrication des intérêts patrimoniaux (« on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche », selon le dicton populaire, et les « mariages d’intérêt » ont longtemps été aussi fréquents que ceux de sentiment, surtout lorsque l’influence des familles y prédominait, ce qui est encore le cas dans de nombreux pays du monde).
C’est pourquoi la philosophie générale du lien conjugal se traduit indivisiblement dans ses effets personnels et patrimoniaux. Or cette philosophie générale a connu une véritable révolution entre l’époque du Code civil et la nôtre, et plus précisément au cours de la seconde moitié du xxe siècle.
En 1804, le législateur considérait le mariage comme une association qui comportait un certain nombre de droits et de devoirs réciproques des époux, mais dont le mari assurait la direction. Le mari avait sur sa femme la puissance maritale, cependant qu’il exerçait sur les enfants la puissance paternelle, concentrant ainsi entre ses mains tous les pouvoirs du « che