586. Problématique générale. – La question de la place des personnes privées, et tout particulièrement des individus, dans l’ordre juridique international, fait l’objet de controverses doctrinales très vives. Aux auteurs qui, comme Georges Scelle, estiment qu’en définitive la société internationale est une société d’individus, auxquels le droit des gens s’applique directement, s’opposent ceux qui considèrent que l’ordre juridique international est un ordre créé par et pour les États (les thèses en présence ont été exposées supra n° 63 à 68).
Plusieurs raisons expliquent la difficile acceptation de la qualité de sujet de l’ordre juridique international des personnes privées. Tout d’abord, le volontarisme s’accommode mal de toute entorse au monopole créateur de l’État. Or l’existence des personnes privées ne doit rien à la volonté de l’État. C’est le cas à la fois pour les individus et pour les personnes morales de droit privé dont l’apparition relève des faits objectifs, qui s’imposent aux États sans que ceux-ci y aient participé. En cela les personnes privées se distinguent des organisations internationales, dont l’acte de naissance – le traité constitutif – est le fruit de la volonté concordante des États, même si leur personnalité internationale s’affirme comme objective (v. supra n° 536).