105. Entre la tradition idéaliste des relations internationales, inspirée de l’approche kantienne, et l’assimilation de la vie internationale à un état de nature permanent dérivé de l’œuvre de Hobbes, il apparaît donc nécessaire d’introduire une grille intermédiaire de lecture. Celle-ci est souvent présentée comme la « tradition grotienne » des relations internationales, qui trouve son inspiration dans l’œuvre de Grotius. L’école anglaise des relations internationales incarne cette tendance, laquelle considérait que la vie internationale est spontanément ordonnée par la force et volontairement organisée par le droit et par la diplomatie.
Qualifier l’environnement international suppose de renoncer à tout schéma préétabli : les relations entre États évoluent en fonction des époques et, à une époque donnée, en fonction des régions considérées. Définir la nature des relations établies entre les États impose donc de prendre la mesure de la société anarchique à laquelle ils participent (§ 1), c’est-à-dire d’étudier les instruments de régulation juridique (§ 2) et les mécanismes de coopération politique (§ 3) qui compensent et contrôlent le libre usage de la force.
106. La juxtaposition des deux termes antinomiques de « société » et d’« anarchie » est l’intuition d’un auteur australien, Hedley Bull, qui