La conciliation entre la liberté religieuse (du salarié) et le pouvoir (de l’employeur) est un art délicat et complexe lorsqu’il use des outils qu’offre le contrôle de proportionnalité. À cette complexité, la Cour de justice de l’Union européenne offre un salutaire échappatoire : une exigence de neutralité mise en clause. Un arrêt du 15 juillet 2021 du juge de l’Union revient sur cette mécanique permettant de laisser Dieu à la porte de l’entreprise.
Du ciel à la terre. Si le royaume de Dieu n’est pas sur terre, la Providence se voit parfois dans l’obligation d’y descendre, pour répondre à la convocation des Hommes devant les tribunaux sublunaires, où se disputent leurs passions, leurs intérêts (petits ou grands ; médiocres ou considérables), et à l’occasion, leur déraison, leur folie ou leurs caprices. De cette présence de Dieu dans les prétoires, le droit du travail – mais pas seulement1 – fournit quelques frappantes illustrations2. Nul ne s’en étonnera. L’entreprise est le reflet des convulsions qui secouent une société travaillée par le « retour du religieux » (l’Homme est bien un inlassable « fabricant de Dieu » pour emprunter au Cardinal Lustiger3). Les dieux d’hier redeviendraient ceux d’aujourd’hui. De nouveau, l’Homme regarderait vers le ciel ! Point de « réenchantement du monde »4, seulement un besoin renouvelé de